Rivière Perle PLUS
Le Rein da Sumvitg sur la plaine de la Greina © WWF Suisse

Les ruisseaux, ces mémoires climatiques: notre climat décrypté grâce aux cours d’eaux alpins

Les ruisseaux et les rivières ne transportent pas que de l’eau. Ils jouent un rôle d’indicateur pour déterminer la façon dont le carbone est stocké ou libéré dans l’environnement. Les Rivières Perles alpines jouent un rôle particulier: elles fixent le CO2 et influencent ainsi le climat bien au-delà de leur bassin versant. Les protéger n’est donc pas seulement une mission écologique, mais aussi une mission de politique climatique.

La recherche sur le stockage de CO2 et sa libération au niveau global est essentielle pour comprendre les changements climatiques. La libération du carbone stocké sur de très longues périodes, par exemple dans les roches, le pergélisol ou les combustibles fossiles, est décisive à cet égard. Environ un tiers des émissions annuelles de carbone sont absorbées par l’océan, tandis que les forêts absorbent un autre tiers. La capacité d’absorption des forêts varie fortement selon les régions, ce qui rend difficile les affirmations précises.

Les rivières nous révèlent comment le carbone est stocké ou libéré sur terre – dans les sols, les forêts ou les roches – car elles recueillent ce qui se passe dans leur bassin versant. Cependant, nos rivières sont bien plus que de simples tuyaux statiques qui transportent le carbone d’un point à un autre. ElIes sont en contact permanent avec leur environnement et font avant tout office d’appareil de recyclage efficace. Les systèmes fluviaux alpins, tels ceux que l’on rencontre en Suisse, jouent un rôle-tampon particulier. Lorsque l’eau de pluie ruisselle sur le calcaire, elle libère du carbone issu de la pierre. L’eau transporte ce carbone sans le libérer dans l’air sous forme de CO2.

Rein da Sumvitg GR © WWF Suisse

Ces processus naturels sont en danger: le réchauffement des Alpes accélère les processus d’érosion et de transport, tandis que l’augmentation des températures de l’eau réduit la capacité de celle-ci à stocker le carbone. Dans le même temps, les interventions humaines telles que la canalisation des cours d’eaux ou l’édification de barrages modifient fondamentalement la dynamique de ces systèmes. La contribution réelle des petits ruisseaux de montagne au climat mondial a encore trop peu fait l’objet de recherches jusqu’à présent. Une des raisons pour ce déficit de connaissances est que l’étude des rivières naturelles dans les Alpes est particulièrement exigeante: elles changent rapidement, sont fortement influencées par l’être humain et deviennent de plus en plus rares. Et pourtant, les petits cours d’eau alpins recèlent une clé décisive pour mieux comprendre les processus naturels de notre planète.

Grâce à la labellisation Rivière Perle PLUS, ces cours d’eau proches de l’état naturel sont protégés. Ils sont non seulement précieux sur le plan écologique, mais remplissent également une fonction importante dans le cycle du carbone. L’entretien ou la restauration d’un cours d’eau naturel est donc une contribution essentielle qui va bien au-delà de l’écosystème local.