Invisible mais indispensable: le vairon
Longtemps, le vairon n’a suscité aucun intérêt de la part de la recherche et du public. De nouvelles découvertes révèlent à quel point cette espèce est réellement diversifiée. Dans le même temps, son déclin montre à quel point nos eaux sont menacées – et l’importance même des petites espèces pour l’équilibre écologique.
Même si son nom ne dit rien à la plupart des gens, les adeptes de randonnée sont probablement déjà entrés en contact avec le vairon – au sens littéral. Ce petit poisson qui grignote avec curiosité les orteils quand vous vous rafraîchissez dans les lacs de montagne, c’est le vairon. À l'origine, il n’était pas endémique des lacs de haute montagne, mais y a été réintroduit par l’être humain au Moyen Âge.
Diversité étonnante et exigences élevées
Cette année, la Fédération Suisse de Pêche (FSP) a élu le vairon «Poisson de l’année». Cette distinction permet également d’attirer l’attention sur «le peu de connaissances existantes au sujet de nombreuses espèces de poissons en Suisse, en particulier lorsque celles-ci, comme le vairon, sont sans intérêt sur le plan culinaire», explique David Bittner, administrateur de la FSP. On a longtemps supposé qu’il n’existait qu’une seule espèce de vairon en Suisse. Des recherches récentes prouvent qu’il existe au moins quatre espèces génétiquement clairement différenciables, adaptée chacune à des habitats distincts.
En Suisse, le vairon se trouve également dans les petits ruisseaux, les marais, les rivières et les grands lacs. Il préfère une eau claire, peu profonde et riche en oxygène – dans les lacs et les grands cours d’eau, on le trouve près du rivage. Les sols aquatiques riches en structures comportant du gravier, des éboulis, des plantes aquatiques et en particulier du bois mort, sont essentiels, car ils offrent une protection contre les ennemis et des sites appropriés pour frayer.
Signaux d’alarme odorants et stimuli optiques
Le vairon est à peu près aussi long qu’un doigt humain et vit en grands bancs. La densité élevée de poissons en mouvement provoque la confusion chez les prédateurs. De plus, le vairon se protège grâce à un système d’alerte biochimique: si un poisson est blessé, des cellules cutanées spécialisées secrètent une phéromone appelée «schreckstoff». Les congénères réagissent immédiatement en fuyant et en redoublant de prudence.
Au printemps ou en été, les mâles habituellement bien camouflés se transforment en beautés bigarrées: leurs lèvres et leur ventre brillent d’un rouge couleur sang, les flancs se parent de vert émeraude, et sur la tête se forme une éruption cutanée blanche (tubercules nuptiaux) qui renforce les stimuli tactiles.
Maillon central et boussole écologique
Les aménagements hydrauliques tels que la mise sous terre de ruisseaux, la canalisation des rivières et l’assèchement des marais ont provoqué la disparition du vairon de grandes parties de la plaine au cours des 150 dernières années. À cela s’ajoutent les petits seuils dans les ruisseaux, qui constituent un obstacle insurmontable pour ce piètre nageur.
Le vairon joue pourtant un rôle crucial dans la chaîne alimentaire. Il se nourrit de plancton, de larves d’insectes et de petits crabes – parfois même de charognes, ce qui n’est pas sans rappeler les piranhas. En parallèle, c’est une proie convoitée pour les truites, les brochets, les martins-pêcheurs et les musaraignes aquatiques. En l’absence du vairon, l’écosystème entier est potentiellement en proie au déséquilibre.
La présence de vairons est donc un indicateur fiable de la qualité de l’eau: en général, si on trouve le petit poisson en bancs intacts dans un cours d’eau, cela signifie que celui-ci est encore plein de vitalité, non aménagé et bien structuré – exactement ce que protège et distingue le label Rivière Perle PLUS.